L’interopérabilité nationale n’est pas un slogan. C’est un chantier technique, institutionnel et commercial. Ce billet propose un mode d’emploi en cinq étapes pour réussir l’intégration de BurundiPay.
Étape 1 : Cartographier les acteurs
Avant de connecter, il faut savoir qui connecter. La cartographie doit inclure :
- Les banques commerciales ;
- Les opérateurs de Mobile Money ;
- Les institutions de microfinance ;
- Les agrégateurs de paiement ;
- Les FinTechs autorisées ;
- La Banque de la République du Burundi.
Chaque acteur a ses contraintes techniques, ses modèles économiques, ses intérêts. Les ignorer, c’est préparer l’échec.
Étape 2 : Définir des standards communs
L’interopérabilité exige des règles du jeu partagées : formats de messages, protocoles de communication, procédures de règlement, mécanismes de gestion des litiges. Sans standards, chaque connexion devient un projet sur mesure , coûteux et fragile.
La BRB a un rôle central à jouer : définir ces standards, les imposer, et veiller à leur application.
Étape 3 : Négocier un modèle économique
L’interopérabilité ne fonctionnera que si elle est plus rentable que l’isolement. Cela signifie qu’il faut définir un mécanisme de partage des revenus entre les acteurs.
Sans accord sur ce point, chaque partie protégera sa base de clients et ses revenus de float, et BurundiPay restera techniquement disponible mais commercialement sous-utilisé.
Étape 4 : Construire des parcours utilisateurs simples
Un commerçant de Gatumba n’a pas besoin de comprendre l’architecture technique de BurundiPay. Il a besoin de pouvoir :
- Envoyer de l’argent depuis son portefeuille Mobile Money vers un compte bancaire ;
- Recevoir un paiement d’un client utilisant un autre opérateur ;
- Payer un fournisseur sans quitter son application habituelle.
Si ces opérations ne sont pas simples, elles ne seront pas utilisées.
Étape 5 : Mesurer, corriger, étendre
L’intégration n’est pas un événement, c’est un processus. Il faut mesurer les usages, identifier les blocages, corriger les défauts, étendre progressivement.
Un tableau de bord partagé, accessible à tous les acteurs, permettrait de suivre les volumes, les coûts, les délais, les taux d’échec.
Un point de vigilance
L’interopérabilité nationale n’est pas une fin en soi. Elle est une condition pour aller plus loin : l’intégration régionale. Un système national fragmenté ne pourra jamais se connecter efficacement aux infrastructures régionales.
C’est pourquoi cette étape est prioritaire.
Ce qu’en dit Ferdinand Niragira
« Un commerçant à Kobero qui reçoit un paiement Mobile Money devrait pouvoir transférer les fonds vers un compte bancaire ou payer ses fournisseurs sans recourir à des canaux parallèles. L’interopérabilité complète n’est pas un luxe ; c’est le fondement même de la confiance des utilisateurs. »
Conclusion
L’interopérabilité nationale est un chantier exigeant. Mais c’est un chantier incontournable. Sans elle, le Burundi ne pourra ni formaliser son commerce transfrontalier, ni s’intégrer aux systèmes régionaux, ni tirer parti des technologies décentralisées.