Il y a des moments dans l’histoire économique où les choix se font cruciaux. Le Burundi traverse l’un de ces moments. D’un côté, les opportunités n’ont jamais été aussi grandes : la ZLECAf promet un marché continental de 1,3 milliard de consommateurs. De l’autre, les risques sont pressants : les voisins avancent plus vite, et le coût de l’inaction augmente chaque année.
Une pénétration numérique en progression mais fragile
La pénétration Internet au Burundi a atteint 29,27 % au deuxième trimestre 2025, contre 23,65 % un an plus tôt. C’est une progression significative.
Mais ces chiffres cachent des disparités : la connexion est concentrée à Bujumbura et dans les centres urbains ; les zones rurales restent mal desservies ; le coût reste élevé ; la qualité est inégale.
Pour le commerce transfrontalier, ces limites sont critiques. Un commerçant à Kobero a besoin d’une connexion fiable. Si le réseau tombe, la transaction échoue.
La comparaison régionale : le Burundi en retard
Le Kenya est un pionnier mondial du Mobile Money avec M-Pesa.
Le Rwanda a investi massivement dans l’infrastructure numérique.
La Tanzanie développe des corridors de paiement avec ses voisins.
L’Ouganda expérimente des solutions de paiement transfrontalier.
Dans ce contexte, le Burundi risque de devenir un angle mort de l’intégration financière régionale. Les corridors se construiront entre ses voisins, sans lui.
L’urgence de la ZLECAf
La ZLECAf promet 9 % d’augmentation des revenus réels, soit environ 571 milliards USD, et 50 millions de personnes sorties de l’extrême pauvreté d’ici 2035.
Mais ces projections reposent sur une condition : la capacité des PME africaines à accéder à des instruments de paiement transfrontaliers fiables et abordables.
Si le Burundi ne construit pas cette capacité, il ne bénéficiera pas de la ZLECAf. Pire : il pourrait subir une concurrence accrue de pays mieux préparés.
Les coûts de l’attente
Perte de compétitivité. Chaque année où les coûts restent élevés, les exportateurs burundais perdent des parts de marché.
Fuite vers l’informel. Plus le formel est coûteux, plus les commerçants se tournent vers l’informel.
Retard technologique. Chaque année de retard creuse l’écart. Rattraper coûtera plus cher demain.
Perte de confiance. Les commerçants déçus développent une méfiance durable.
Les signaux positifs
Il serait injuste de ne voir que les retards. Le Burundi a engagé des réformes :
- BurundiPay : le commutateur national de paiement est lancé.
- La BRB a reconnu l’importance de l’interopérabilité.
- Le RECOS démontre une volonté de faciliter le commerce.
- Les FinTechs émergent, portées par une jeunesse formée.
Ces signaux sont encourageants. Mais ils restent fragiles. Pour qu’ils se transforment en résultats, il faut accélérer, coordonner et investir.
La fenêtre d’opportunité
Premièrement, la technologie est mature. Les solutions d’interopérabilité, de paiement mobile, de blockchain existent.
Deuxièmement, les partenaires sont disponibles. Les bailleurs, les entreprises technologiques sont intéressés par les marchés africains.
Troisièmement, la volonté politique semble présente.
Mais cette fenêtre ne restera pas ouverte indéfiniment.
L’analyse de notre collègue Ferdinand Niragira
Ferdinand Niragira pose la question stratégique sans détour : « Le Burundi peut-il se permettre d’adopter trop tard la prochaine génération de technologies financières ? »
La réponse est non. Dans une économie numérique, le retard se creuse exponentiellement. Chaque année sans infrastructure adéquate éloigne davantage les MSME burundaises des opportunités régionales.
Conclusion
Le Burundi ne peut plus attendre. Mais agir ne signifie pas agir seul. La digitalisation des paiements transfrontaliers est un effort collectif : Banque centrale, ministères, douanes, opérateurs, banques, FinTechs, partenaires, commerçants.