Le lancement de BurundiPay représente une étape importante pour le système de paiement national. Ce commutateur instantané a le potentiel d’accélérer les transactions, de réduire les coûts, d’améliorer la disponibilité des paiements et de renforcer la traçabilité. Mais le potentiel ne suffit pas. La question est de savoir si BurundiPay tiendra ses promesses.
Ce que BurundiPay peut apporter
Accélération des transactions. Paiements instantanés au lieu de jours.
Réduction des coûts. Moins d’intermédiaires.
Amélioration de la disponibilité. Paiements 24h/24, 7j/7.
Renforcement de l’interopérabilité. Connexion entre banques, Mobile Money, IMF.
Réduction de la dépendance au cash. Paiements numériques.
Traçabilité. Chaque transaction laisse une trace.
Les conditions du succès
L’intégration effective de tous les acteurs. Banques, opérateurs Mobile Money, IMF doivent être connectés. Si un acteur manque, le système est incomplet.
La simplicité pour l’utilisateur. Si l’interface est complexe, les commerçants ne l’utiliseront pas.
La rentabilité pour les acteurs. Si l’interopérabilité coûte plus qu’elle ne rapporte, les acteurs résisteront.
La confiance. Si les utilisateurs craignent des erreurs, des fraudes ou des blocages, ils se détourneront.
Les risques
Fragmentation. Si BurundiPay ne connecte pas tous les acteurs, il crée une nouvelle fragmentation.
Coûts cachés. Si les frais restent élevés, les commerçants continueront d’utiliser l’informel.
Sous-utilisation. Si les commerçants ne connaissent pas BurundiPay, ou ne savent pas l’utiliser, le système restera sous-utilisé.
Dépendance technologique. Si l’infrastructure est fragile, les pannes sapent la confiance.
Le modèle eNaira : un avertissement
Le Nigeria a lancé l’eNaira, première CBDC d’Afrique, en octobre 2021. L’adoption a été faible. Pourquoi ? Parce que Mobile Money était déjà profondément intégré dans les habitudes, et parce que l’eNaira n’offrait pas d’avantage clair.
Leçon pour le Burundi : l’adoption dépend des habitudes existantes, pas de la technologie.
L’analyse de notre collègue Ferdinand Niragira
Ferdinand Niragira formule une recommandation claire : « BurundiPay doit placer l’écosystème Mobile Money au cœur de son architecture, plutôt que de le traiter comme une option purement technique. »
Cette recommandation est cruciale. Au Burundi, Mobile Money est déjà largement utilisé. Ignorer cet écosystème serait une erreur stratégique.
Conclusion
BurundiPay est une opportunité. Mais c’est une opportunité conditionnelle. Son succès dépendra de son intégration, de sa simplicité, de sa rentabilité et de la confiance qu’il inspirera.