La dépendance au dollar américain est l’une des frictions les plus coûteuses du commerce transfrontalier africain. Chaque transaction implique des conversions multiples, des frais cumulés, des délais. Le règlement en monnaies locales promet de changer la donne.

Le problème de la double conversion

Un commerçant burundais qui importe de Tanzanie doit généralement :

  1. Convertir ses BIF en USD ;
  2. Effectuer le transfert en USD ;
  3. Convertir les USD en shillings tanzaniens.

Chaque conversion applique un spread. Cumulés, ces spreads peuvent représenter 4 à 8 % de la valeur de la transaction. Sans compter les frais bancaires et les délais.

La promesse du règlement en monnaies locales

Le règlement en monnaies locales signifie que le commerçant burundais paie en BIF, et que son fournisseur tanzanien reçoit en shillings. La conversion est effectuée directement entre les banques centrales, au taux officiel, sans passage par une devise tierce.

Les bénéfices sont multiples :

  • Réduction des coûts : moins de conversions, moins de spreads ;
  • Réduction des délais : règlement plus rapide ;
  • Réduction du risque de change : exposition limitée aux fluctuations du dollar ;
  • Renforcement des réserves : les devises restent dans le système formel.

Les conditions de réussite

Le règlement en monnaies locales ne fonctionne que si plusieurs conditions sont réunies :

  1. Des accords entre banques centrales : définir les modalités de compensation, les taux, les garanties ;
  2. Une infrastructure technique : PAPSS et REPSS fournissent cette infrastructure ;
  3. Une liquidité suffisante : les banques centrales doivent disposer des devises nécessaires ;
  4. Une confiance mutuelle : les pays doivent accepter de régler en monnaies locales.

Le cas du Burundi

Pour le Burundi, les bénéfices potentiels sont considérables. Le pays est enclavé, dépendant des importations, et sa monnaie est faible. Chaque réduction des coûts de transaction est une bouffée d’oxygène pour les MSME.

Mais les défis sont réels : la convertibilité limitée du BIF, la volatilité de la monnaie, la faiblesse des réserves de change.

Une approche progressive est nécessaire : commencer par des corridors pilotes, mesurer les résultats, étendre.

Ce qu’en dit Ferdinand Niragira

« Une fois cette connectivité pleinement opérationnelle, le règlement des transactions commerciales pourrait se faire par les banques centrales. Les canaux de change informels perdraient progressivement de leur pertinence, et les devises retourneraient dans le système bancaire formel. »

Conclusion

Le règlement en monnaies locales n’est pas une utopie. C’est une réalité technique et institutionnelle, déjà expérimentée ailleurs. Pour le Burundi, c’est une opportunité stratégique : réduire les coûts, stabiliser les flux, renforcer la souveraineté monétaire.