Le Burundi ne peut pas se contenter d’un système national interopérable. Pour que ses commerçants accèdent aux marchés régionaux, il faut connecter ce système aux infrastructures de paiement continentales. Deux noms reviennent : PAPSS et REPSS.

PAPSS : le système panafricain

Le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), développé sous l’égide d’Afreximbank et du secrétariat de la ZLECAf, permet des transactions transfrontalières réglées en monnaies locales, sans dépendance obligatoire au dollar américain.

Pour le Burundi, l’enjeu est majeur : une fois connecté, les transactions commerciales pourraient être réglées via les banques centrales, réduisant la dépendance aux devises tierces.

REPSS : le système COMESA

Le Regional Payment and Settlement System (REPSS) est le système de paiement de la COMESA. Il permet des règlements en monnaies locales entre pays membres.

Plusieurs pays d’Afrique de l’Est appartiennent à la fois à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et à la COMESA. Cette double appartenance crée une compétition fonctionnelle entre les systèmes.

Le risque de fragmentation

Présenter PAPSS et REPSS comme naturellement complémentaires relève davantage de l’intention que de la réalité. Dans les faits :

  • Les opérateurs doivent choisir entre différents systèmes selon la transaction ;
  • Les intégrations techniques se dupliquent ;
  • Les coûts augmentent au lieu de se mutualiser.

Pour un pays aux ressources limitées comme le Burundi, se connecter à « tous » les systèmes sans feuille de route explicite pourrait disperser les efforts et les budgets.

Une séquence à définir

La Banque de la République du Burundi gagnerait à définir une séquence de connectivité priorisée :

  1. Achever l’interopérabilité nationale (BurundiPay) ;
  2. Se connecter au système régional le plus pertinent pour les flux commerciaux dominants ;
  3. Étendre progressivement aux autres systèmes, en fonction des volumes et des bénéfices mesurés.

Cette approche évite la dispersion et concentre les ressources là où elles produisent le plus de valeur.

Ce qu’en dit Ferdinand Niragira

Dans le policy brief, Ferdinand Niragira met en garde : « Présenter PAPSS et REPSS comme naturellement complémentaires relève plus de l’intention que de la réalité établie. »

Il recommande une séquence de connectivité priorisée plutôt qu’une intégration simultanée.

Conclusion

L’intégration régionale est indispensable. Mais elle doit être pensée stratégiquement, en fonction des flux réels et des capacités du pays. Se connecter partout, c’est souvent ne pas se connecter efficacement nulle part.