Les femmes représentent une part majoritaire du commerce transfrontalier informel en Afrique des Grands Lacs. Les estimations évoquent 60 à 70 %. Pourtant, les solutions de paiement, les politiques de formalisation et les infrastructures financières sont rarement conçues en tenant compte de leurs réalités spécifiques. Ce billet examine pourquoi, et propose des pistes.
Les défis spécifiques des femmes commerçantes
L’accès limité au crédit formel. Les femmes disposent rarement de garanties acceptables par les banques : pas de titres de propriété, pas d’historique de crédit, pas de caution.
Les risques de sécurité. Les femmes sont particulièrement exposées aux vols, aux extorsions, au harcèlement, en particulier aux points de passage frontaliers.
La mobilité contrainte. Les responsabilités familiales limitent leur capacité à se déplacer, à négocier, à saisir des opportunités.
La faible maîtrise des outils numériques. Le taux d’alphabétisation numérique est plus faible chez les femmes, ce qui limite l’adoption des solutions de paiement digitales.
La méfiance envers les agents. Les femmes hésitent souvent à confier leurs fonds à des agents qu’elles ne connaissent pas.
Pourquoi les solutions actuelles échouent
Les solutions de paiement sont souvent conçues sans consultation des utilisatrices. Les interfaces sont en anglais ou en français, peu accessibles. Les parcours utilisateurs sont complexes. Les points de service sont éloignés ou peu sûrs.
Résultat : les femmes continuent d’utiliser le cash et les circuits informels, non par choix, mais par défaut.
Ce qu’il faut changer
Concevoir avec les femmes, pas pour elles. Les parcours utilisateurs doivent être co-créés avec des commerçantes, dans leurs langues, selon leurs usages.
Intégrer la dimension de genre dès la conception. La sécurité, l’accessibilité, la confiance doivent être pensées dès le départ, pas ajoutées après coup.
Former et accompagner. L’adoption des outils numériques exige un accompagnement : formation, assistance, suivi.
Créer des points de service sûrs. Les agents doivent être formés, identifiables, responsables. Les femmes doivent pouvoir y accéder sans crainte.
Ce qu’en dit Ferdinand Niragira
« Les considérations de genre doivent être intégrées dès la conception. Les femmes ne doivent pas être une réflexion après coup, traitée uniquement par le suivi ; leurs besoins doivent être pris en compte dès le départ. »
Conclusion
Ignorer les femmes dans la conception des solutions de paiement, c’est ignorer la majorité des usagers. Une infrastructure financière inclusive ne peut pas se permettre cette erreur.